
Le taux sans risque constitue depuis plus de 50 ans une des pierres angulaires de la finance moderne, tant dans l’évaluation des entreprises que dans la gestion d’actifs.
Aujourd’hui, dans un contexte de taux historiquement bas, une grande majorité des pays matures trop endettés voient leurs notes de crédit dégradées ou mises sous surveillance négative par les agences de rating, il semble que l’absence de risque de défaut -qui caractérise le taux sans risque- ne soit plus nulle.
Il convient de s’interroger sur la signification d’une telle baisse de notation compte tenu de la capacité des Etats à user de la planche à billets. Il semble que les agences de notation prennent en compte les risques de taux et les risques de change que font peser de manière grandissante les politiques monétaires expansionnistes, notamment compte tenu du niveau historiquement bas des taux d’intérêt.
Dès lors, de plus en plus d’investisseurs, tout au moins ceux non contraints par la réglementation, devraient être amenés à aborder leur allocation d’actifs de manière différente.
Plutôt que de définir celle-ci à partir d’un actif qui n’est plus sans risque, certains institutionnels commencent déjà à s’interroger sur la possibilité d’évaluer les différents actifs de manière indépendante sur la base des flux non actualisés, de la sensibilité aux variations de taux de change et de la liquidité. Cela devrait les conduire à réorienter leurs investissements vers les actions, actif actuellement considéré comme le moins attrayant au regard de ce qu’elles représentent dans les portefeuilles.
En effet, les entreprises multinationales présentent des bilans solides, mais surtout elles offrent un rendement supérieur à l’emprunt d’Etat et à leur propre taux d’emprunt malgré une duration plus courte et une liquidité plus faible du crédit corporate. Celles qui disposent de pricing power ou de BFR négatifs constituent par ailleurs une protection intéressante contre le risque d’inflation. Enfin, l’internationalisation de l’activité et de la production leur permet de réduire l’impact des changements de fiscalité et des effets de change sur la capacité bénéficiaire.
En revanche, cela nécessite de la part des investisseurs de laisser de côté le béta, pour davantage s’intéresser à l’alpha en prenant le temps de comprendre les caractéristiques des modèles économiques des sociétés.
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