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L’âge des méga deals

14.12.2014 - 11:22
Quelques annonces dans le monde des startups laissent percevoir un nouveau type de transaction : les méga-levées de fonds pour des sociétés relativement jeunes.

Le dernier en date, qui a attiré beaucoup de publicité, est l’investissement fait par Google et Qualcomm, ainsi que par des poids lourds du Venture Capital comme Kleiner Perkins Caufield Byers et KKR. Ils ont investi plus d’un demi-milliard de dollars dans Magic Leap, qui promet de révolutionner la réalité virtuelle. Tout est encore très secret, mais d’après le clip de présentation sur leur site web qui montre un petit éléphant se déplaçant naturellement dans les deux mains de quelqu’un, on peut imaginer que la promesse est de faire apparaître des objets ou créatures artificiels dans un décor naturel, avec une vraisemblance extrême. Mais le montant est tellement astronomique, plutôt digne d’un budget militaire ou d’exploration spatiale, qu’on se demande comment ils en sont arrivés à le calculer. Comme le produit n’existe pas encore, il y a fort à parier qu’une partie importante de l’argent doit être dépensé dans la recherche et le développement, qui apparemment recouvrent de nombreuses disciplines d’ingénierie, du contrôle de lasers à l’optique, en passant par l’électronique. À une moyenne de 200k$/an, les montants levés permettent de payer 1000 personnes pendant deux ans et demi ! Par définition il est impossible de garantir que les efforts budgétés vont permettre de sortir un produit utilisable dans le temps et les coûts prévus. D’autant plus qu’il s’agit d’équipes nouvelles qui n’ont donc pas d’expérience à travailler ensemble. Il ne serait donc pas surprenant d’apprendre d’ici un an ou deux que les investisseurs ont dû remettre la main à la poche pour cause de délais de développement, ou alors qu’ils ferment la boutique, n’ayant pu trouver de solution à des problèmes fondamentaux.

Ce risque est certainement bien compris par lesinvestisseurs. Ce qui est intéressant dans leur volonté de prendre un pari d’une telle échelle (la société est déjà valorisée à 2 milliards $), c’est ce qu’ils en attendent. Pour Google, l’avènement de cette technologie permettrait de se passer complètement de l’ordinateur et du smartphone. Les lunettes de Magic Leap pourront devenir l’unique interface pour communiquer. Ça permettrait à Google de contrôler toute la chaîne de l’information, du contenu à la communication, et de bypasser Microsoft et Apple complètement, grâce à une technologie qui les fera apparaître comme des vieillards attardés. Rappelez-vous la comparaison entre le premier Iphone et les autres téléphones portables lors de sa sortie… Pour Qualcomm qui est aussi actif dans l’entertainment, c’est la nouvelle génération du cinéma, ainsi que la nouvelle génération d’instruments de communication sans fil — d’ailleurs, il est étonnant de ne pas voir Disney dans le tour de table. Pour ces deux industriels, cette participation est donc d’intérêt double : si ça marche, ça promet d’avoir le meilleur produit, mais ça permet aussi de défendre sa position qui serait compromise si la concurrence avait mis la main dessus. De ce point de vue, probablement pour les mêmes raisons que celles qui ont poussé Facebook à payer Whatsapp 17 milliards $, la valeur de la cible est à comparer à la valeur totale de l’acquéreur. Si le conseil d’administration de Kodak avait identifié correctement la menace existentielle que représentait la photo numérique il y a 20 ans, il aurait probablement racheté Canon ou Nikon à n’importe quel prix, lequel aurait forcément été inférieur à la valeur perdue de Kodak dans sa déconfiture. Il est donc rassurant que Google et Qualcomm avec Magic Leap, de même que Facebook avec Whatsapp et Oculus, prennent des risques pour assurer leur avenir.

Dans un autre registre, on note les derniers tours de financement de Uber, la société de taxis alternatifs originaire de San Francisco, et celui d’Airbnb, actif dans la location de courte durée d’appartements. Uber vient de lever 1,2 milliard $, pour une valorisation de la société de plus de 18 milliards, avec un revenu estimé de 213 millions $ pour 2013 ! Mais avec une croissance impressionnante : le CA d’Uber double tous les 6 mois. Pour sa part, Airbnb vient de lever 800 millions $ pour une valorisation de 10 milliards. D’après The Economist, si la croissance d’Airbnb continue au même rythme dans les deux ans qui viennent, d’ici 2016, ils auront plus de 10 % du marché de l’hôtellerie ! Ces deux sociétés ont été fondées -

Il est rassurant que Google et Qualcomm avec Magic Leap,de même que Facebook avec Whatsapp et Oculus , prennent des risques pour assurer leur avenir

- par des jeunes gens cherchant une solution novatrice à un besoin simple mais souvent compliqué à résoudre : trouver un taxi à San Francisco pour les uns, et offrir un logement pas cher mais lucratif pour eux à des gens lorsque tous les hôtels sont pleins dans la ville. Pour Uber et Airbnb, qui toutes les deux offrent une plateforme de lien entre fournisseurs et clients finaux, l’utilisation des fonds est relativement claire : faire de la publicité pour trouver des clients, occuper le terrain en amenant le plus de fournisseurs, et, se défendre légalement. Le produit est fini, il n’y a pas vraiment de propriété intellectuelle. C’est purement un problème d’opérations et de commerce. Une des nouveautés amenées par ces startups concerne les problèmes légaux d’envergure, dont les coûts doivent être provisionnés dans leurs comptes. Uber et Airbnb sont toutes les deux attaquées dans beaucoup de villes pour concurrence déloyale. À New-York,il est par exemple devenu illégal de louer pour une courte durée un appartement qu’on n’habite pas. À Paris, les chauffeurs de taxi ont engagé une fronde importante contre Uber. Il est possible que le gouvernement prenne le parti des chauffeurs de taxi contre celui des chauffeurs privés intéressés à utiliser leur véhicule pour transporter des gens à travers Uber. Ce ne sera pas la première fois qu’un gouvernement intervient pour empêcher une destruction d’activité créatrice. On se demande comment les coûts d’amendes ou les limitations d’activités ont été estimés par les investisseurs, mais il est clair que le résultat net est attendu très positif.

Un domaine dans lequel les coûts restent exorbitants, et dans lequel existe une surcapacité, est celui des avocats. Va-t-on bientôt assister à la naissance d’un LaywerNB qui sera vite valoriséà plusieurs milliards ? \

Par Stéphane ZREHEN, rédacteur pour Market & managing partner chez Agam Analytics.

 

 

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